Pirandello : lhumorisme, une théorie des effets du théâtre sur le spectateur
- La théorie de l'humorisme
- Sentiment du contraire du théâtre : de son impossibilité
- Les réactions de la critique face aux pièces de Pirandello sont elles-mêmes le résultat de l'humorisme
L’humorisme est un concept que Pirandello a créé afin de rendre compte de ce qui préside à la fois à la création et à la réception d’un certain type d’œuvres d’arts, celles qu’il appelle humoristiques. Les œuvres humoristiques peuvent tout aussi bien appartenir au genre romanesque qu’au genre théâtral. Mais nous verrons que c’est dans le cas du théâtre que les effets de l’humorisme peuvent le mieux se faire sentir pour le spectateur. Nous verrons que l’humorisme est une des théories littéraires qui se soucie le plus des spectateurs, de la réception du spectacle, et qu’elle le fait en des termes qui s’opposent complètement à la catharsis.
Nous essaierons d’abord de définir ce que Pirandello appelle l’humorisme et de voir quels effets il peut avoir dans la réception de la pièce par le spectateur.
Puis nous verrons que c’est cette théorie qui a poussé Pirandello à écrire des pièces caractérisées par le théâtre dans le théâtre, et que poussée à bout, cette théorie débouche sur l’impossibilité du théâtre.
Enfin, nous verrons que c’est à cause de cette théorie que le théâtre de Pirandello a connu une réception aussi mitigée de la part de la critique de l’époque.
[...] Il n’a pour fin que de disposer le public à une certaine réception du spectacle. Les réactions du public sont analysées par avance, prévues, et s’intègrent totalement à la pièce. D’où le sous-titre de la pièce : comédie en deux ou trois actes. On ne sait pas très bien si cette incertitude sur le nombre d’actes est due au fait que la pièce risque d’être interrompue, ou si c’est que le premier acte a déjà eu lieu en dehors du théâtre. [...]
[...] Pirandello prend ensuite un exemple romanesque : celui de Don Quichotte. Il écrit : nous aimerions bien rire de tout ce qu’il y a de comique dans la représentation de ce pauvre aliéné qui sur lui-même et sur les choses, sur toute chose, applique le masque de sa folie. Mais nous avons du mal à rire, constate-t-il, et il explique que c’est à cause d’« un sentiment de commisération, de tristesse et également d’admiration, car si les aventures héroïques de ce pauvre Hidalgo sont totalement ridicules, il ne fait cependant aucun doute que, sous ce ridicule, il est vraiment héroïque. [...]
[...] Le public des représentations suivantes est prévenu et ne se laisse pas prendre au piège. L’humorisme est donc une théorie qui pousse le théâtre jusqu’à ses limites extrêmes, voire jusqu’à son impossibilité. Le théâtre humoristique semble être voué à sa propre impossibilité. Mais ce serait sous-estimer Pirandello, ou en tout cas se leurrer sur ses objectifs. En effet, ce qu’il vise n’est pas le théâtre, mais l’humorisme. D’ailleurs, il a toute sa vie dit qu’il n’était pas fait pour le théâtre mais pour les romans. [...]
[...] Et ceci, on l’aura compris, est justement le fait de l’humorisme, qui ne s’attache pas à apparaître seulement dans le détail de la pièce, mais dans l’ensemble de sa réception : on a des pièces à la fois grotesques et dramatiques, à la fois ridicules et semblant mener le spectateur en bateau : l’effet du spectacle est donc proprement humoristique au sens pirandellien du terme : le spectateur ne sait pas s’il doit rire ou non, s’il doit s’indigner ou s’émerveiller, s’il doit considérer que l’auteur est un drôle de bouffon ou si justement il manipule le spectateur et le tourne en dérision. La réception du théâtre pirandellien nous apparaît donc exactement correspondre à ce que Pirandello désirait : elle engendre un grand sentiment de perplexité. Conclusion Le cas de Pirandello est donc très intéressant, car il montre combien une théorie concernant le théâtre peut être orientée presque entièrement vers sa réception. [...]
[...] Pourtant il en a vu une : la pièce qui consiste en la représentation d’une représentation qui avorte. On le voit, la théorie de l’humorisme, dans sa volonté de vouloir à tout prix et à tous les niveaux engendrer le sentiment du contraire (ici, le sentiment qu’on a assisté au contraire d’une représentation), conduit à la négation pure et simple du théâtre. En effet, l’espace scénique a été pulvérisé et s’est étendu à la salle, aux coulisses, au foyer, etc., et même, au début de la pièce, jusqu’à l’extérieur du théâtre. [...]
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