Michel Foucault, La volonté de Savoir, droit de mort et pouvoir sur la vie
- Caractéristique du pouvoir souverain depuis l'Antiquité : le droit de vie et de mort
- Pouvoir sur la vie depuis le XVIIe siècle
- Le biopouvoir à l'Age classique
- La naissance du « bio-pouvoir »
- La formation du capitalisme
- Bio-histoire et bio-politique
- Conséquences la naissance du bio-pouvoir
Ce droit inconditionnel en premier lieu, s’est peu à peu transformé en pouvoir d’ « exposer la vie » sous condition d’être menacé. Il est donc devenu un droit indirect nécessitant une justification et ainsi dissymétrique : le droit sur la vie s’est exercé par le droit sur la mort.
Ainsi, le droit de vie et de mort est devenu le droit de laisser vivre, ou de faire mourir.
Le pouvoir s’est alors exercé par un droit de prise.
Aujourd’hui, le pouvoir ne s’exerce plus seulement comme « prélèvement » mais se voit attribuer de nouvelles fonctions. Le pouvoir est également destiné à produire des forces et à les ordonner. La gestion du droit a pour fonction d’assurer la vie du corps social.
Aujourd’hui, le pouvoir de mort est complémentaire du pouvoir qui s’exerce plus ou moins sur la vie.
Ex : la mort absolue est une question de survie, de stratégie étatique. Il faut tuer pour pouvoir vivre.
Ex : Dans le cas de la peine de mort, il s’agit de tuer légitiment ceux qui sont un danger biologique pour les autres.
Alors qu’il s’agissait de laisser vivre ou faire mourir, il s’agit aujourd’hui de faire mourir ou rejeter dans la mort. La mort est aujourd’hui une des limites du pouvoir, alors que la vie représente, à l’inverse, la prise du pouvoir.
Ex : le suicide autrefois considéré comme un crime est aujourd’hui un fait social (Durkheim, 1897), un droit privé et individuel de mourir.
[...] La prise en charge de la vie par le pouvoir a nécessité la mise en place de mécanismes régulateurs, correctifs, continus, distribuant le vivant dans un domaine de valeur et d’utilité Pour cela, le pouvoir a à qualifier, mesurer, apprécier, hiérarchiser Ainsi la norme prend tout son pouvoir. La loi fonctionne alors toujours plus comme une norme. Preuve en est l’apparition des Codes législatifs et réglementaires. Ce sont là les formes qui rendent acceptable un pouvoir essentiellement normalisateur Les grandes luttes du siècle passé (révolution française, renversement de la monarchie) ne se font plus aujourd’hui contre le pouvoir en place, mais pour la vie. [...]
[...] Ce cercle vertueux a ainsi donné lieu à l’apparition de la gestion des populations et des ressources. Pour la première fois dans l’histoire, le biologique se réfléchit dans le politique. La vie n’est alors plus une question de fatalité mais passe par le champ de contrôle du savoir et d’intervention du pouvoir. L’exercice du pouvoir ne consiste plus en une prise sur le sujet de droit et sa mort mais sur l’être vivant et sa vie. Bio-histoire et bio-politique La bio-histoire est l’histoire des pressions par lesquelles les mouvements de la vie et les processus de l’histoire interfèrent La bio-politique est ce qui fait entrer la vie et ses mécanismes dans le domaine des calculs explicites et fait du pouvoir savoir un agent de transformation de la vie humaine Enfin, le seuil de modernité biologique d’une société est le moment où l’espèce entre comme enjeu dans ses propres stratégies politiques. [...]
[...] C’est un discours abstrait qui tente de coordonner les deux techniques du pouvoir pour en faire une théorie générale. Cette volonté annoncerait la mise en place d’agencements concrets (institutions) conduisant à la grande technocratie du pouvoir du 19e siècle. Le Bio pouvoir se présente comme l’élément indispensable au développement du capitalisme car il permet l’insertion contrôlée des corps dans l’appareil de production et l’ajustement des phénomènes de population aux processus économique. Il s’accompagne également du développement des grands appareils de l’Etat comme institutions de pouvoir afin de maintenir des rapports de production. [...]
[...] La vie est devenue un objet politique en quelque sorte prise au mot et retournée contre le système qui entreprenait de la contrôler Ainsi, le droit à la vie, au corps, à la santé, au bonheur, à la satisfaction des besoins, le droit par delà toutes les oppressions ou aliénations, à retrouver ce qu’on est et tout ce qu’on peut être, ce droit si incompréhensible pour le système juridique classique, a été la réplique politique à toutes ces procédures nouvelles de pouvoir qui, elles non plus, ne relèvent pas du droit traditionnel de la souveraineté. [...]
Commentaire sur le texte de Michel Foucault, extrait de La volonté de savoir, Gallimard, 1976,...
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