Jean de La Fontaine, « Les deux pigeons », Fables, Livre IX, 2
- Le thème de l'amitié
- Le récit de voyage
- Le lyrisme amoureux
Jean de La Fontaine est un auteur contemporain du XVIIe siècle, âge d’or du classicisme. Poète et auteur de romans, La Fontaine est surtout connu pour ses Fables, composées de trois recueils successifs comprenant 12 livres d’apologues inspirés de sources différentes. En effet, les Fables témoignent d’une évolution de la technique ainsi que de la pensée de leur auteur.
« Les Deux pigeons » est une fable extraite du Livre IX des Fables, où Jean de La Fontaine engage le lecteur à cultiver l’amitié et l’amour qui, envisagés dans ce qu’ils ont de plus élevé et de plus éloigné de l’égoïsme, sont les sentiments les plus sûrs pour atteindre ici-bas le bonheur. Dès lors, nous verrons comment le fabuliste nous sensibilise-t-il aux bienfaits de l’amitié et de l’amour.
[...] Conclusion Au total, Jean de La Fontaine, qui passe le cap de la cinquantaine au moment de la publication de ce livre, parvient dans le cadre de la fable à un raffinement d’expression pour traduire les sentiments les plus personnels. En effet, au thème de l’amitié et au récit du voyage se conjugue un lyrisme amoureux qui confère à la fable une dimension profondément humaine. Fable Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre : L'un d'eux, s'ennuyant au logis, Fut assez fou pour entreprendre Un voyage en lointain pays. L'autre lui dit : Qu'allez-vous faire ? Voulez-vous quitter votre frère ? L'absence est le plus grand des maux : Non pas pour vous, cruel ! [...]
[...] Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ? Que ce soit aux rives prochaines. Soyez-vous l'un à l'autre un monde toujours beau, Toujours divers, toujours nouveau ; Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste. J'ai quelquefois aimé: je n'aurais pas alors Contre le Louvre et ses trésors, Contre le firmament et sa voûte céleste, Changé les bois, changé les lieux Honorés par le pas, éclairés par les yeux De l'aimable et jeune bergère Pour qui, sous le fils de Cythère, Je servis, engagé par mes premiers serments. [...]
[...] Je dirai : J'étais là ; telle chose m'avint ; Vous y croirez être vous-même. A ces mots, en pleurant, ils se dirent adieu. Le voyageur s'éloigne ; et voilà qu'un nuage L'oblige de chercher retraite en quelque lieu. Un seul arbre s'offrit, tel encor que l'orage Maltraita le pigeon en dépit du feuillage. L'air devenu serein, il part tout morfondu, Sèche du mieux qu'il peut son corps chargé de pluie, Dans un champ à l'écart voit du blé répandu, Voit un pigeon auprès : cela lui donne envie ; Il y vole, il est pris : ce blé couvrait d'un las Les menteurs et traîtres appas. [...]
[...] De surcroît, dans la conclusion lyrique où La Fontaine prend la parole, l’indécision entre l’ amitié et l’ amour déjà présente au vers 1 se confirme : les pigeons sont amis mais ce sont aussi les oiseaux de Vénus, déesse de l’amour. Les deux sentiments sont ainsi confondus et ils représentent pour La Fontaine, dans leur pureté et à travers le plaisir qu’ils procurent (vers 63-64), les valeurs humaines les plus hautes grâce au motif des affinités électives. Pour persuader son ami de ne pas partir, le pigeon qui reste a recours à plusieurs procédés : syntaxe affective (interrogations, exclamations), reproche en forme de cri du cœur cruel vers sentence (vers évocation des dangers, ton pathétique, discours direct mis en abyme (vers 15-17) Mais finalement, il cède au désir de l’autre et à ses habiles arguments (stratégie argumentative repérable du vers 21 au vers ce qui constitue aussi une marque de son amitié Le récit de voyage Le récit de voyage (vers 31 à 61) se présente comme une suite de tribulations inattendues et variées (orage, piège, vautour, aigle, pierre d’une fronde) ; les péripéties se trouvent graduées, relancent le suspense, donnent un rythme haletant et épuisant à cette Odyssée lamentable. [...]
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